Kit Indépendant

Indépendant en difficulté financière : les pistes dans l’ordre

Cotisations, impôts ou TVA impayés : réduction des provisoires, dispense, plan de paiement, puis tribunal. Qui appeler, quoi demander, quels papiers.

En bref. Quand l’argent manque, commencez par votre caisse d’assurances sociales, puis le SPF Finances. Les deux peuvent réduire ou étaler ce que vous devez, sans juge ni avocat. Si cela ne suffit pas, des services gratuits vous aident à préparer la suite. Le tribunal et la faillite viennent en dernier.

L’erreur la plus fréquente, c’est d’attendre. Les majorations courent chaque trimestre, et la plupart des délais pour demander de l’aide durent 12 mois au plus. Les étapes vont de la plus simple à la plus lourde : arrêtez-vous dès que l’une d’elles suffit.

Étape 1Appelez votre caisse d’assurances sociales

C’est le premier appel que conseille l’INASTI. Votre caisse peut faire deux choses : baisser vos cotisations provisoires et étaler une dette.

Les provisoires sont calculées sur votre revenu d’il y a trois ans. Si votre revenu de cette année sera plus bas, demandez une réduction. Il faut l’accord de la caisse et des preuves. Vous ne descendez jamais sous le minimum :

Statut Minimum par trimestre (hors frais de gestion)
Indépendant à titre principal 890,42 €
Primostarter (4 premiers trimestres) 459,82 €
Conjoint aidant au maxi-statut 391,16 €

Chaque caisse ajoute ses frais de gestion. Chez Partena, le minimum principal frais compris est de 927,82 €.

Les papiers à joindre : des pièces numérotées qui montrent la baisse de revenu, avec un commentaire de votre comptable pour les documents comptables. Sans pièces, la caisse refuse. Vous envoyez la demande par courrier, e-mail ou dans votre espace en ligne.

Attention

Si votre revenu réel dépasse finalement la base réduite, la caisse réclame la différence. Elle ajoute des majorations : 3 % par trimestre de retard, et 7 % une fois en fin d’année. Estimez prudemment.

Pour une dette déjà là, demandez un plan d’apurement, c’est-à-dire un étalement. L’INASTI confirme qu’il existe, sans en publier la durée ni les conditions. Votre caisse vous les donnera.

Les questions à poser à votre caisse :

  1. Sur quel revenu puis-je faire baisser mes provisoires, et avec quelles preuves ?
  2. Sur combien de mois pouvez-vous étaler ma dette ?
  3. Après paiement, puis-je demander la remise des majorations ?

La remise des majorations se demande une fois le trimestre payé. Les motifs admis : force majeure (vol, incendie), difficultés financières sérieuses, problèmes de santé, faillite. Un premier retard, payé dans les 8 jours, est remis sans justification.

Étape 2Demandez une dispense de cotisations à l’INASTI

La dispense vous libère des cotisations que vous ne pouvez pas payer. Elle s’adresse à qui traverse une difficulté temporaire et ne peut pas payer. L’INASTI cite le revenu d’intégration, un incendie, un secteur en crise ou une dépense professionnelle imprévue.

Elle concerne les indépendants à titre principal (primostarters compris), les conjoints aidants et les actifs après la pension. Elle couvre les provisoires et la régularisation qui suit.

Vous avez 12 mois pour la demander, à partir du premier jour du trimestre qui suit celui des cotisations. Deux façons de faire :

  1. En ligne, sur le site de la sécurité sociale, en vous connectant comme citoyen.
  2. Par formulaire, envoyé par votre caisse en recommandé ou déposé contre accusé de réception.

Joignez toutes vos preuves en PDF dès le départ : vous ne pourrez plus en ajouter. La décision arrive par eBox ou par courrier. Depuis le 2 octobre 2026, l’INASTI décide sans vous entendre d’abord. Vous pouvez contester devant sa Commission de recours, et y être entendu si vous le demandez.

Attention

Un trimestre dispensé ne compte pas pour votre pension. Vous pouvez le racheter dans les 5 ans. L’INASTI précise aussi qu’une dispense obtenue en 2026 fait perdre la déduction fiscale de la prime PLCI 2026 : parlez-en à votre comptable.

Étape 3Étalez vos impôts au SPF Finances

Pour l’impôt, le SPF Finances propose un plan de paiement. Vous le demandez dans MyMinfin, par le formulaire de contact ou par courrier. Indiquez votre numéro national et la référence de la dette. Le Contact Center répond au 02 572 57 57.

Votre situation Ce que le SPF propose Ce qu’il examine
Un creux passager Jusqu’à 8 mois, sans formalités Rien de particulier
Plus difficile Jusqu’à 12 mois Vos revenus et vos charges
Difficultés durables 12 mensualités, renouvelables Un formulaire de revenus et dépenses

Des intérêts de retard s’ajoutent. La page du SPF les fixe « actuellement » à 4 % par an. Dans des cas exceptionnels, le SPF peut renoncer à une partie de l’impôt des personnes physiques. Cette « surséance » se demande au centre de recouvrement de votre domicile, et ne vaut pas pour la TVA.

Pour la TVA, hub.brussels indique que des facilités de paiement existent aussi. Les pages du SPF ne disent pas si elle passe par le même plan : posez la question au Contact Center.

À savoir

Payez en priorité la TVA, les impôts et vos cotisations. Selon hub.brussels, la plupart des faillites partent d’une dénonciation du SPF Finances. Dans certains secteurs, vos clients doivent aussi retenir une partie de vos factures pour l’administration tant que vous avez des dettes.

Étape 4Vérifiez si le droit passerelle vous concerne

Le droit passerelle verse un revenu si vous arrêtez votre activité. Pour des difficultés économiques, une de ces trois situations doit être remplie :

  1. Vous touchez le revenu d’intégration du CPAS au moment de l’arrêt.
  2. L’INASTI vous a accordé une dispense dans les 12 derniers mois.
  3. Vos revenus de l’année d’arrêt et de l’année d’avant restent sous 17 374,08 € (seuil 2026).

Le montant est de 1 704,40 € par mois, ou 2 128,11 € avec charge de famille. Il faut avoir réellement payé au moins 4 trimestres de cotisations sur les 16 derniers. La demande se fait à votre caisse, avant la fin du deuxième trimestre qui suit l’arrêt.

Étape 5Faites-vous aider gratuitement

Vous n’êtes pas obligé de tout démêler seul. Des services publics gratuits font le point avec vous et vous orientent.

Région Service Ce qu’il fait
Bruxelles hub.info, 1819 Informe et oriente tout entrepreneur bruxellois
Bruxelles CEd Relance (BECI), 02 533 40 90 Diagnostic, rendez-vous avec un juriste ou un comptable, préparation d’une médiation ou d’une réorganisation
Bruxelles Médiation de crédit (hub.brussels) Aide confidentielle pour renouer avec votre banque
Wallonie 1890 (+32 4 220 01 89 depuis l’étranger) Porte d’entrée : vous oriente vers le bon service, sans vous accompagner lui-même

Les coordonnées bruxelloises viennent du guide hub.brussels de 2024 : appelez le 1819 si un numéro ne répond plus.

Chaque tribunal de l’entreprise a aussi une chambre des entreprises en difficulté. Elle repère les signaux d’alerte, comme des dettes de TVA ou des saisies. Elle peut vous convoquer à un entretien confidentiel : vous devez y aller. Ensuite, elle classe le dossier, le suit, vous oriente vers une réorganisation ou le transmet au procureur du Roi.

Les questions à poser lors du premier rendez-vous :

  1. Ma situation peut-elle se régler avec mes créanciers, sans tribunal ?
  2. Quels documents dois-je préparer ?
  3. Quels frais d’avocat ou de praticien sont pris en charge par la Région ?

Étape 6Passez par le tribunal de l’entreprise si les créanciers bloquent

Le tribunal ne sert pas qu’à la faillite. Il peut protéger une entreprise qui a encore un avenir. Trois outils existent, du plus léger au plus lourd.

  1. L’accord amiable. Vous proposez à un ou plusieurs créanciers un accord pour étaler ou réduire la dette. Vous pouvez le faire homologuer par le président du tribunal, sans avocat obligatoire et sans publication.
  2. Le praticien de la réorganisation. C’est le nouveau nom du médiateur d’entreprise. Le président du tribunal le désigne à votre demande pour vous aider à négocier.
  3. La réorganisation judiciaire. Le tribunal vous accorde un sursis de 4 mois, prolongeable jusqu’à 12 mois. Pendant ce temps, les créanciers concernés ne peuvent ni saisir ni demander votre faillite.

Pour la réorganisation judiciaire, la requête comprend vos deux dernières déclarations d’impôt, une situation comptable de moins de 3 mois et un budget. Vous les préparez avec votre comptable. Le tribunal examine la demande dans les 15 jours et juge dans les 8 jours suivants.

Attention

La réorganisation judiciaire est publique : le jugement paraît au Moniteur belge. En pratique, elle se fait avec un avocat et sert surtout quand il y a plusieurs créanciers. À Bruxelles, la Région prenait en charge une partie des frais en 2024 : demandez au CEd si c’est toujours le cas.

Étape 7La faillite, en dernier recours

Vous êtes en faillite quand vous ne payez plus vos créanciers de façon durable et que votre crédit est ébranlé. La loi vous oblige alors à faire aveu de faillite dans le mois. Il se fait en ligne, sur le registre Regsol. Un créancier ou le parquet peut aussi la demander.

Le tribunal nomme un curateur, qui gère vos biens à votre place. En personne physique, rien ne sépare vos biens privés et professionnels : tout ce qui est saisissable peut être vendu.

À la clôture, le Code de droit économique vous libère du solde de vos dettes. Restent dues les dettes garanties par une hypothèque ou un gage, les pensions alimentaires et les dommages pour avoir blessé quelqu’un par votre faute. Un créancier peut demander au tribunal de refuser cet effacement en cas de faute grave.

À faire

Un site d’information juridique conseille encore de cocher la demande d’effacement dans Regsol au moment de l’aveu. Le texte de loi actuel ne prévoit plus cette demande. La cocher ne coûte rien : faites-le.

En Belgique, Statbel a compté 11 685 faillites en 2025, toutes formes d’entreprises confondues, contre 6 533 en 2021. Environ une sur cinq touche un indépendant en personne physique (19,6 % entre décembre 2024 et décembre 2025). Voici l’évolution en Wallonie et à Bruxelles.

Faillites par an en Wallonie et à Bruxelles, 2015-2025
01 0002 0003 000201520172019202120232025WallonieBruxelles01 0002 0003 00020152016201720182019202020212022202320242025WallonieBruxelles

Toutes formes d’entreprise confondues. De décembre 2024 à décembre 2025, les indépendants en personne physique représentent 19,6 % des faillites en Belgique (Statbel, rapport mensuel de décembre 2025).

Source : Statbel, « Nombre de faillites pour la Belgique et les régions » (be.STAT), consulté le 12/10/2026.

Voir les chiffres
AnnéeWallonieBruxelles
20152 8512 142
20162 4561 954
20172 6412 639
20182 4303 033
20192 7002 978
20201 9571 502
20211 7741 332
20222 2021 776
20232 6561 679
20242 8211 923
20252 7422 190

Après le jugement, déclarez la cessation à votre caisse, sinon les cotisations continuent. Demandez aussi le droit passerelle : la faillite fait partie des arrêts forcés.

Étape 8Après l’arrêt : règlement collectif de dettes et CPAS

Le règlement collectif de dettes réunit toutes vos dettes privées dans un seul plan. Une entreprise en activité ne peut pas le demander, et un indépendant en personne physique est une entreprise. Il s’ouvre donc à deux conditions :

  1. Vous avez arrêté votre activité depuis au moins 6 mois.
  2. Si vous avez fait faillite, elle est clôturée par un jugement.

La demande se fait au tribunal du travail. Un médiateur de dettes cherche ensuite un plan avec vos créanciers (déroulement à confirmer auprès du greffe).

Si vous n’avez plus de revenu, le CPAS peut verser le revenu d’intégration. Au 1er septembre 2026, le maximum mensuel est de 911,56 € pour un cohabitant, 1 367,34 € pour un isolé et 1 847,89 € avec famille à charge. Le CPAS déduit certaines ressources.

Qui contacter

Organisme Ce que vous lui demandez
Votre caisse d’assurances sociales Réduction des provisoires, étalement, remise des majorations, droit passerelle
INASTI Dispense de cotisations (en ligne ou via la caisse)
SPF Finances, 02 572 57 57 Plan de paiement de l’impôt, surséance
hub.info 1819, CEd Relance (Bruxelles) Diagnostic gratuit, préparation d’une médiation
1890 (Wallonie) Orientation gratuite
Tribunal de l’entreprise Accord amiable, réorganisation judiciaire, aveu de faillite
Tribunal du travail Règlement collectif de dettes, 6 mois après l’arrêt
CPAS Revenu d’intégration

Cas particuliers

Ces points ne concernent qu’une partie des lecteurs.

Vous avez été touché par la hausse des prix de l’énergie en 2026

L’INASTI a ouvert une dispense simplifiée pour les cotisations provisoires du 2e et du 3e trimestre 2026. Vous avez jusqu’au 30 juin 2027 et au 30 septembre 2027 pour la demander. Les starters doivent d’abord avoir 4 trimestres d’activité, sauf s’ils ont arrêté. Le report d’un an sans majoration n’est plus possible : il fallait le demander avant le 15 juin et le 15 septembre 2026.

Vous avez commencé il y a moins d’un an

Pour vos 4 premiers trimestres, le délai de 12 mois pour demander une dispense ne commence qu’au 5e trimestre. Vous avez donc plus de temps.

Votre cotisation est déjà entre les mains d’un huissier

La caisse peut examiner une remise des majorations sans paiement préalable dans trois cas : cotisations confiées à un huissier, faillite, règlement collectif de dettes.

Ce que vous faites maintenant

  1. Appelez votre caisse cette semaine, avec votre revenu estimé de l’année. Ses coordonnées sont dans l’annuaire des caisses.
  2. Si une dette fiscale arrive, ouvrez MyMinfin et demandez le plan de 8 mois avant l’échéance.
  3. Vérifiez vos droits dans le guide du droit passerelle. Si l’arrêt se précise, suivez les démarches de cessation.
  4. Une fois la tête hors de l’eau, fixez un montant à garder chaque mois avec l’outil combien mettre de côté. Vérifiez aussi vos provisoires avec le simulateur de cotisations.
  5. Des clients ne vous paient pas ? Commencez par la relance de facture impayée.

Questions fréquentes

Je n’ai pas payé ce trimestre. Combien vais-je payer en plus ?

3 % de la partie impayée à la fin de chaque trimestre de retard, puis 7 % une seule fois au 1er janvier suivant. Une fois le trimestre payé, vous pouvez demander à la caisse de renoncer à ces majorations.

Je suis complémentaire. Puis-je demander une dispense ?

Non, sauf exception. La dispense vise les indépendants à titre principal, les conjoints aidants et les actifs après la pension. Un complémentaire n’y a droit que si sa cotisation provisoire atteint celle d’un indépendant principal.

Mon comptable a oublié de payer. La caisse peut-elle annuler les majorations ?

Non. L’INASTI cite l’erreur du comptable parmi les motifs refusés, comme l’avis de paiement non reçu.

La caisse peut-elle me réclamer de vieilles cotisations ?

Pendant 5 ans à partir du 1er janvier qui suit l’année des cotisations. Un paiement partiel ou un échelonnement relance ce délai.

Ma conjointe perd-elle tout si je fais faillite ?

Le Code libère aussi le conjoint ou le cohabitant légal des dettes de l’activité nées pendant la vie commune. Ses dettes propres restent dues. Une caution, elle, reste tenue.

Sources

À lire ensuite

Imprimé depuis https://independant-be.pages.dev/guides/independant-difficultes-financieres/